Évaluation des engagements de prévoyance
Les hypothèses de mortalité déterminent de manière décisive le montant des engagements de rente déclarés par les caisses de pension. Il est essentiel que les hypothèses utilisées reflètent de la façon la plus réaliste possible le comportement effectif de la population assurée.
Contrairement à une idée reçue largement répandue, la responsabilité du choix de la table de mortalité n'incombe pas exclusivement aux experts des caisses de pension. En effet, selon la loi, la définition des bases biométriques est une tâche inaliénable et intransmissible du conseil de fondation. Il est donc important que non seulement les experts, mais aussi les membres du conseil de fondation se penchent sur ces bases.
Aperçu des tables de mortalité disponibles en Suisse
En Suisse, les caisses de pension ont à leur disposition différentes tables de mortalité qui se distinguent nettement les unes des autres en termes de base de données, de population cible et d’objectif. Les compagnies d’assurance s’appuient sur les tables de l’Association Suisse d’Assurances, qui ont été initialement développées pour servir de base à la tarification et à la constitution de réserves des assureurs-vie. Celles-ci ne sont pas utilisées par les caisses de pension elles-mêmes.
Les institutions de prévoyance de droit public utilisent souvent les tables VZ, tandis que les caisses de pension privées ont majoritairement recours aux tables LPP. Selon des enquêtes récentes, la plupart des caisses privées utilisent jusqu’à présent les tables LPP 2020, bien que la nouvelle génération LPP 2025 gagne progressivement en importance depuis sa publication en décembre 2025.
Le choix de la table de base n’est en aucun cas négligeable : il influence directement le montant des engagements et, par conséquent, le taux de couvertureen résultant. Dans ce contexte, la question se pose de savoir si un passage « simple » aux tables LPP2025 peut être recommandé sans examen ni réflexion approfondis.
Tableaux LPP 2025 : espérance de vie
L'espérance de vie selon les tables LPP 2025 a encore augmenté, d'environ 0,4 an pour les personnes âgées de 65 ans. On aurait toutefois pu s'attendre à une hausse nettement plus importante, de l'ordre de 0,7 an.
Comme la plupart des caisses de pension tiennent déjà compte d’une amélioration de l’espérance de vie future dans leurs engagements, un passage aux bases LPP 2025 aurait tendance à réduire ces engagements.
La Suisse n’est pas la seule à connaître un ralentissement de l’augmentation de l’espérance de vie : cet effet est également observable dans d’autres pays industrialisés. Cela s’explique notamment par l’augmentation des maladies cardiovasculaires, l’absence de percées médicales majeures ou une tendance à la baisse de l’amélioration du mode de vie. Cela inclut la consommation d’alcool et de tabac, une alimentation moins saine, le manque d’activité physique, etc. De plus, l’effet Covid-19 constitue un facteur temporaire supplémentaire contribuant au ralentissement de l’améliorationde l’espérance de vie. Ce point sera brièvement abordé ci-après.
La Covid-19 et le risque d’une sous-estimation structurelle des engagements
Les données sur lesquelles reposent les bases de la LPP 2025 couvrent les années 2020 à 2024. Les années marquées par la Covid-19 sont donc pleinement prises en compte dans ces bases. Ces années exceptionnelles liées à la pandémie soulèvent la question fondamentale de savoir si la mortalité observée dans les bases de la LPP 2025 est représentative de l’avenir. Si les premières analyses indiquent que l’impact à long terme de la Covid-19 sur la mortalité pourrait être limité, il existe néanmoins un risque de distorsion structurelle.
Il existe donc un risque que les engagements soient sous-estimés, car une mortalité trop élevée est prise en compte. Cela vaut d’autant plus si, parallèlement, d’autres effets systématiques – tels que la corrélation entre la mortalité et le montant des rentes – ne sont pas pris en compte.
Influence du montant des rentes sur la mortalité
Une étude empirique de WTW portant sur les caisses de pension suisses montre un lien clair entre le montant des rentes et l’espérance de vie. Cet effet est statistiquement significatif, en particulier chez les hommes. Pour un retraité de 65 ans, il existe un écart d’espérance de vie de plus de trois ans entre les 33 % de rentes les plus basses et les 33 % de rentes les plus élevées.
Comme les tables de mortalité courantes sont basées sur des chiffres globaux, elles ne tiennent pas compte de cette hétérogénéité. Il en résulte une sous-estimation systématique des engagements envers les retraités, car les rentes plus élevées s’accompagnent d’une espérance de vie supérieure à la moyenne.
Pour une évaluation aussi réaliste que possible, un calibrage de la mortalité en fonction des rentes serait donc approprié. Les expériences internationales montrent que de telles approches conduisent à des résultats très précis.
Conclusion
Les tables LPP 2025 constituent une étape importante dans la mise à jour des bases biométriques des caisses de pension suisses. Une transition irréfléchie peut toutefois entraîner des effets d'allègement inappropriés.
Les effets de la Covid-19 et la dépendance avérée de la mortalité par rapport au niveau des rentes plaident en faveur d’une application différenciée. Les caisses de pension ont tout intérêt à analyser leurs gains ou pertes réels en matière de mortalité au cours des dernières années et à remettre en question de manière critique les hypothèses utilisées.
C'est la seule façon de garantir à long terme des engagements réalistes, des taux de couverture adaptés aux risques et un financement durable des rentes.

